Vu et dit par .... Joël de MONTALIER

Président du Collège des Hautes Etudes de l’Environnement et du Développement Durable (CHEE&DD), juriste, journaliste, ancien conseiller en cabinets ministériels (1972-1976) et Directeur Général France, puis Europe, du WWF (1991-1995), revient sur les grands enjeux, complexes, du développement durable.

Extrait du quotidien Sud Ouest du 25/09 2008 -

1 - Comment défini-t-on un concept aussi large que celui du développement durable ?
L’appellation « développement durable » trouble encore la compréhension de beaucoup d’entre nous parce qu’il est une traduction « littérale », incomplète, d’une expression issue de l’anglais, devenue la langue principale des échanges internationaux.

Le développement durable, soutenable, acceptable, propose que les présentes générations gèrent notre planète avec assez de sagesse et d’équilibre pour laisser aux futures générations la totalité du capital que représente encore notre belle planète bleue, avec toutes ses ressources et sa « biosphère », c’est à dire les différentes couches qui
l’enveloppent en une « protection de vie » peut-être unique, aussi merveilleuse que fragile.
Le concept s’applique au très vaste champ des activités humaines. Il est complexe en ce qu’il interfère, de manière transversale, dans l’organisation naturelle de nos systèmes de vie, de production, de conservation, de répartition.
A tous les niveaux, mondial, régional, local.
Il s’oblige à favoriser le décloisonnement nécessaire aux interdépendances naturelles du vivant qui régissent toutes les espèces, faune, flore et la richesse des milieux, des « écosystèmes ». Et l’homme, bien sûr, est au cœur de tout cela qui, grand prédateur,instrumente autant le bon que le mauvais !



2 - Comment ce concept a-t-il évolué depuis son apparition en 1987 ?

Le concept est apparu au sein d’un rapport d’experts fait à l’ONU à la fin des années 1980. Depuis lors, partout dans le monde, des équipes pluridisciplinaires d’experts reconnus ont régulièrement communiqué et alerté la société sur la nécessité de préserver notre terre, son équilibre vital, ses ressources.
Les travaux de ces experts ont été soutenus par les institutions gouvernementales (ONU, OMS, FMI, FAO, et c. ) ou non gouvernementales (ONG) internationales (UICN, WWF, GreenPeace, ENDA Tiers Monde, et c ).
Peu à peu, ensuite, les organisations nationales et les gouvernements de la plupart des pays se sont fortement engagés dans des politiques et programmes d’action concrets aux
efficacités variables.

Indubitablement, l’Europe occidentale s’est fortement investie dans des politiques et programmes efficaces. La France en particulier.
Toutefois, par manque de compréhension, essentiellement liée à l’évolution radicale de nos modes de vie, notamment à partir des années 1950 et, concomitamment, par l’accès à de forts développements technologiques associé à l’explosion de l’usage du « pétrole », de fortes résistances aux « changements » persistent.
De ce point de vue, la formation, l’éducation, la sensibilisation et la communication doivent évoluer et faire rapidement bouger les « lignes » actuelles.
Car, tout en le sachant, on continue de faire survivre des modèles financiers, économiques, industriels, sociaux et culturels, des gestions écologiques, qui sont contraires à la gestion durable de notre monde. Nuisible pour nous les hommes et, surtout, pour la prochaine génération.


3 - Pensez-vous que le concept de « développement durable » doive à présent être dépassé pour faire face à des enjeux complexes ?
Rendre opérationnel ce concept et ces politiques de « développement durable » implique déjà une sorte de «révolution » sociétale. Chacun est en effet concerné. Depuis l’individu, en passant par les lieux de vie, les collectivités territoriales, les gouvernements nationaux, les grandes régions géographiques
comme la grande Europe, jusqu’au niveau planétaire.
Désormais, les communautés d’intérêt, dominantes lorsqu’il s’agit de la vie, de la survie ou de la gestion des risques, doivent être bien comprises entre les peuples, les régions.
En un élan de responsabilité supérieur, donc, d’ordre « supra national », la mondialisation en marche devrait s’appuyer sur des régulations communément acceptées et appliquées, d’évidente urgence. Mais si nous les hommes nous considérons comme les êtres supérieurs et intelligents des espèces vivant sur notre Terre, nous conservons des atavismes d’ordre barbare qui, pour l’instant, freinent la mise en place de politiques mondiales de conservation durable.
Il semble, cependant, que, à côté du G8, d’autres grands pays émergents prennent une conscience sincère des enjeux. Nous devons tous espérer que chacun d’eux s’ouvre à la composition d’instruments communautaires mondiaux qui servent l’avenir de notre civilisation.