Voir aussi : Finances, Economie, Adam Smith...
L’investissement socialement responsable (ISR) est un investissement individuel ou collectif effectué selon des critères sociaux, environnementaux, éthiques et de gouvernance d'entreprise sans occulter la performance financière.
Pour certains, l’ISR est même « la déclinaison financière et spéculative du développement durable».
Autrement dit, l’investissement socialement responsable se définit comme la composante financière du concept de développement durable par lequel l’investisseur, au lieu de s’intéresser limitativement aux critères financiers - rentabilité et risque - utilise également dans sa décision d’investissement des critères extra-financiers ; en l’occurrence les critères à caractère éthique, de gouvernance, social et environnemental.
L'Association Française de la Gestion financière et le Forum pour l'Investissement Responsable ont donné une définition de l'ISR dans le cadre du Code de transparence : "Application des principes du développement durable à l’investissement. Approche consistant à prendre systématiquement en compte les trois dimensions que sont l’environnement, le social/sociétal et la gouvernance (ESG) en sus des critères financiers usuels. Les modalités de mise en œuvre peuvent revêtir des formes multiples fondées sur la sélection positive, l’exclusion où les deux à la fois, le tout intégrant, le cas échéant, le dialogue avec les émetteurs".
Formes de l’ISR
L’ISR peut prendre 5 formes principales :
- les fonds socialement responsables ou de développement durable : ils intègrent des critères sociaux et environnementaux d’évaluation d’une entreprise cotée qui sont croisés avec des critères financiers pour sélectionner les compagnies les plus performantes d’un point de vue du développement durable. On évoque alors une approche positive pour désigner les "best in class", les meilleurs (élèves).
- les fonds d’exclusion : ils excluent a contrario certains secteurs comme l’armement, le jeu, le tabac…, approche d’exclusion, dite historique de l’ISR.
- l’engagement actionnarial : il consiste, pour les investisseurs, à exiger des entreprises une politique de responsabilité sociale plus forte par un dialogue direct, mais aussi par l’exercice des droits de vote en assemblées générales. On parle également dans ce cas d’activisme actionnarial.
- les fonds thématiques : ils concentrent l'investissement sur des secteurs d'activité favorables à l'environnement ou à la société, tel que les énergies alternatives ou l'économie solidaire par exemple.
Pourquoi ?
L’ISR est fondé sur la conviction que la prise en compte de facteurs sociaux et environnementaux, d’éthique et de gouvernance assure la performance financière des sommes investies à moyen et long terme compte tenu d’une meilleure appréhension des risques et d’un meilleur management.
Pour les investisseurs confessionnels, l’approche ISR correspond à une démarche qui a des fondements religieux profondément liés à leur "éthique des affaires" dont les perspectives sont spécifiques.
On pourra considérer rétrospectivement que la récente consécration de M. Muhammad Yunus, père du microcrédit constitue une approche ISR avant l’heure parfaitement adaptée à la réalité des sphères d’économiques marchandes écartées des circuits de financements traditionnels dans les économies sous-développées, comme celles dites développées.
L’ISR ne peut constituer en tous les cas a contrario un label d’investissement super-performant ce qui est peut être « préjudiciable à sa généralisation », selon Danyelle Guyatt (thèse à l’université de Bath (UK Identifier et dépasser les obstacles comportementaux à l’investissement responsable à long terme, Le Monde Economie 05/12/2006, p. II).
Enfin, pour les promoteurs du développement durable in concreto, l’ISR marque d’évidence le signe que le levier financier est désormais capable d’apporter tout son poids à l’évolution des modèles macro et micro-économiques qu’il nourrit. Une nouvelle sensibilité dans le conseil, une orientation stratégique majeure affichée par les institutions financières publiques comme privées qui peuvent permettre d’activer plus rapidement de nouveaux comportements sur toute la chaîne de valeur du producteur au consommateur qui devront internaliser le principe pollueur-payeur.
Le développement de l'ISR sera en tous les cas intrinsèquement lié à la manière dont les investisseurs dans leur ensemble sur un marché financier globalisé appréhendent la donne sociale et environnementale. Les rapports annuels du CERES indiquent clairement depuis 2005 un changement d'attitude de plus en plus net notamment dans le secteur bancaire, véritable "colonne vertébrale" de l'économie mondiale qui prend de plus en plus au sérieux l'impact du changement climatique dans sa gestion des risques. Des progrès sont sans doute encore à faire de la part des banques en matière de transparence non seulement de leurs produits mais aussi sur leurs activités au regard de l'ISR et de leur engagement au titre de la RSE (responsabilité sociale de l'entreprise) compte tenu des dernières enquêtes de certaines associations de consommateurs dans plusieurs Etats membres comme le rappelle une question d'un parlementaire européen.
L'expérience montre que l'investissement socialement responsable résiste bien dans un contexte de crise financière et économique, et qu'il procure une bonne sécurité des placements.
L’ISR en France
En 2008, selon Novethic "200 fonds ISR sont proposés aux épargnants français soit 6 fois plus qu’en 2001."
Un modèle français de l'ISR en évolution permanente
En 2000, Le Forum pour l'Investissement Responsable voit le jour. Cette association, membre de l'Eurosif, qui vise à promouvoir l'ISR réunit différents acteurs : investisseurs, conseils, agences de notation, gestionnaires mais aussi des universitaires et des personnalités engagées. En 2005, le Forum a lancé le Prix FIR de la Recherche Européenne «Finance et Développement Durable». Ces prix récompensent des travaux universitaires et financent des bourses de recherche. Le FIR est présidé depuis 2003 par Robin Edme, l'un des co-fondateur de l'association, qui a par ailleurs présidé l'Eurosif de 2004 à 2009.
Le modèle ISR en France a progressé en 2006; mais il semble avoir toujours du mal à se populariser sans doute compte tenu de l’absence d’une culture d’épargne actionnariale directe à l’anglo-saxonne et ce malgré l’accroissement progressif de l’épargne salariale.
En matière de gestion de fonds ISR, l'approche française semble privilégier celle de l'approche best in class en sélectionnant par secteur les sociétés les mieux notées du point de vue de leur quotation extra-financière.
Paris Europlace publie en mai 2008 11 recommandations pour favoriser l'ISR : une initiative indispensable pour crédibiliser l'engagement des acteurs français dans cet enjeu d'investissement qui n'est désormais plus du tout un simple phénomène de mode.
Pour promouvoir la réflexion française sur l'ISR, une chaire dédiée à l’ISR et intitulée "Finance durable et investissement responsable" a été mise en place dès 2008 avec le soutien de l'AFG.
Pour promouvoir l'ISR, l'association ORSE a publié un guide fin 2009 qui permet un tour d'horizon complet et anticipe l'article 53 de la loi dite Grenelle 1 qui dispose : « L’investissement socialement responsable sera encouragé par des mécanismes incitatifs et des campagnes d’information »
La place prépondérante des investisseurs institutionnels
Les "zinzins" ou investisseurs institutionnels restent déterminants en créant des fonds ISR en actions et/ou en obligations. Selon la Tribune (cf."Les entreprises et les critères extra-financiers" 16/06/2008) "Des études récemment réalisées par des maisons de notation montrent que 45 % des investisseurs institutionnels français croient en une création de valeur ajoutée, née de la prise de responsabilité de la part des entreprises. Ce constat repose sur la conviction qu'une prise en compte des critères extra-financiers permet d'avoir une vision globale des risques supportés par les entreprises et peut donc avoir une influence significative sur leur performance à moyen et long termes. Ils sont convaincus que, dans le futur, les critères extra-financiers seront considérés davantage dans les décisions de placements par les gestionnaires de fonds. Pour identifier les entreprises les plus durables et les plus responsables, ces fonds d'investissements vont se baser sur la recherche faite par des maisons de notation spécialisées dans ce domaine et sur des indices comme le FTSE4Good et le Dow Jones Sustainability Index. Ces deux indices représentent donc de réels benchmarks pour les investisseurs socialement responsables."
"Selon une étude publiée par Novethic, l’ensemble du marché de l’ISR (OPCVM et fonds dédiés) a progressé de 88 % pour s’établir à 16,6 milliards d’euros en 2006 mais seuls 6,06 milliards provenaient des particuliers. Et encore, sur ce montant, seulement 3,25 milliards d’euros proviennent de produits ISR vendus aux particuliers par les réseaux bancaires, le solde étant engagé dans l’épargne salariale".
Peut-être un début d'explication sur ce défaut de popularité :"Ce soudain engouement pour les fonds verts pose cependant un problème : il est difficile d'y voir clair, pour l'épargnant particulier, dans une offre assez peu structurée. " Il y a confusion entre produits verts et fonds d'investissement socialement responsable (ISR). Ce sont deux catégories différentes, mais certains produits verts peuvent être ISR ", résume Anne-Catherine Husson-Traoré , directrice générale de Novethic , le média en ligne du développement durable".
Une culture émergente des banques et assurances françaises
Mais le système bancaire français semble prendre l'ISR au sérieux. L'approche bilan carbone initiée par la Caisse des dépôts pour sa propre politique d'investissement pourrait inspirer les modèles d'investissements selon le principe d'efficacité et le principe de neutralité carbone comme d'autres banques l'affichent déjà dans le monde. HSBC France et la Caisse d’épargne proposent des offres très concrètes dans le cadre de leurs programmes Développement Durableet l'étiquetage ISR de leurs ses produits bancaires selon des critères rigoureux : risque financier, intensité carbone et prise en compte des impacts sociaux et environnementaux.
Extrait de Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Investissement_socialement_responsable
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